Conflits en Ukraine et en Iran : quel impact sur le secteur de la construction en France ?

Quatre ans après le déclenchement de la guerre en Ukraine, le secteur français de la construction encaisse un nouveau choc géopolitique avec l’ouverture du conflit opposant l’Iran à Israël et aux États-Unis fin février 2026. Pour les architectes, bureaux d’études et entreprises du BTP qui sortent à peine d’une crise marquée par trois années consécutives de contraction d’activité, ces tensions internationales pèsent à nouveau sur les coûts des matériaux, les délais de livraison et la trésorerie. Décryptage des effets concrets, secteur par secteur, et des leviers de résilience à activer dès maintenant.

impact de la guerre en iran et ukraine sur le secteur de la construction

L’héritage encore palpable de la guerre en Ukraine

L’invasion russe de février 2022 a ouvert une période de turbulences durables pour les matériaux de construction. La Russie et l’Ukraine comptaient parmi les premiers fournisseurs mondiaux d’acier, d’aluminium et de minerai de fer, et la rupture brutale des relations commerciales avec Moscou a déclenché une flambée historique des prix. Selon la FFB Grand Paris, l’acier et l’aluminium avaient bondi de près de 100 % entre septembre 2021 et le printemps 2022. Sur la période 2020-2023, l’inflation cumulée sur les matériaux a atteint 30 à 60 % selon les segments, transformant durablement l’équation économique des chantiers.

Cette première crise a aussi propulsé les prix de l’énergie à des sommets historiques. Le gaz naturel européen (référence TTF) a culminé à 130 €/MWh en moyenne sur la seconde moitié de 2022, soit un quintuplement par rapport à ses niveaux d’avant-guerre. L’État avait dû déployer dès juillet 2022 un dispositif d’aide d’urgence, via le décret n° 2022-967, pour compenser les surcoûts d’énergie des entreprises grandes consommatrices, dont les industriels du BTP.

À partir de 2024, le marché a entamé une lente normalisation. Début 2025, l’acier était redescendu de 17 % et l’aluminium de 15 % par rapport à janvier 2022, tandis que le bois reculait de 27 % selon les analyses de la fédération belge Embuild. Une accalmie qui aura été de courte durée. Les coûts de construction n’étaient toutefois jamais revenus à leurs niveaux d’avant-pandémie : l’indice FFB du coût de la construction restait fin 2024 environ 17 % au-dessus de son niveau pré-Covid.

Le choc iranien : la volatilité fait son retour

Le 28 février 2026, les frappes israélo-américaines sur l’Iran ont rouvert une page que beaucoup espéraient tournée. La fermeture du détroit d’Ormuz par les autorités iraniennes le 4 mars 2026 a immédiatement perturbé les flux mondiaux d’hydrocarbures. Selon l’Agence internationale de l’énergie, environ 20 millions de barils de pétrole brut transitaient quotidiennement par ce passage stratégique en 2025, soit un cinquième de la consommation mondiale. Pour l’Europe, le Moyen-Orient représente 20 % des importations de pétrole et 5 % des importations de gaz.

Les conséquences sur les prix se sont matérialisées en quelques semaines. Le baril de Brent, qui s’établissait à un peu plus de 60 dollars fin 2025, oscille désormais entre 90 et 110 dollars selon les épisodes du conflit. Au 22 mai 2026, il cotait près de 104 dollars, en progression de plus de 70 % depuis le 1er janvier. La Banque mondiale anticipe désormais une moyenne annuelle de 86 dollars en 2026 contre 69 dollars en 2025. Le gaz naturel européen a suivi la même trajectoire : passé de 28 €/MWh en moyenne en décembre 2025 à 52 €/MWh entre début mars et début avril 2026, il s’est partiellement détendu autour de 45 € depuis. Ces niveaux restent toutefois nettement inférieurs aux 130 €/MWh moyens observés au plus fort de la crise ukrainienne, comme le rappelle l’analyse de Bpifrance Le Lab.

L’aluminium, métal hautement énergivore et particulièrement exposé à la région, a connu une envolée spectaculaire. Le cours moyen sur le London Metal Exchange est passé de 2 338 € la tonne en moyenne 2025 à 3 066 € en avril 2026, soit une hausse de 31,14 % selon les données rapportées par Le Moniteur. Les frappes iraniennes de fin mars sur Emirates Global Aluminium aux Émirats arabes unis et sur Aluminium Bahrain — deux sites qui pèsent fortement dans les 7 à 10 % de la production mondiale d’aluminium issue du Moyen-Orient — ont aggravé les tensions sur l’offre. Selon les analyses sectorielles, le marché mondial de l’aluminium pourrait basculer en déficit d’approvisionnement en 2026 et possiblement en 2027.

À ces tensions sur l’aluminium s’ajoute une flambée du cuivre, dont les prix sortie d’usine en France ont progressé de près de 40 % depuis août 2025 selon Olivier Salleron, président sortant de la Fédération française du bâtiment. Pour les profilés techniques, les équipements électriques, les couvertines ou les systèmes de couverture-étanchéité, cette inflation se répercute directement dans les devis.

Des chantiers français sous tension, mais une reprise maintenue

Pour le secteur français du bâtiment, qui sort tout juste de trois années consécutives de baisse d’activité (-11 % cumulés selon la FFB), ces nouvelles tensions arrivent à un moment délicat. La fédération a toutefois maintenu en mars 2026 sa prévision de reprise à +2,1 % pour l’année en cours, portée par un redémarrage du logement neuf (+11,2 %) et par les effets attendus de la loi de finances 2026 (maintien du PTZ ré-élargi, statut de bailleur privé, préservation des crédits MaPrimeRénov’).

Mais la FFB scrute avec attention l’impact du conflit iranien sur les taux d’intérêt, les matières premières et l’énergie. Selon Olivier Salleron, l’effet sur le prix du gaz naturel reste pour l’instant nettement moindre que celui observé en 2022, ce qui évite à ce stade un nouveau choc inflationniste majeur. L’inflation française pourrait atteindre 2 % en cas de tensions prolongées, loin des 5 à 6 % subis au lendemain de l’invasion de l’Ukraine. La Fédération française des industriels de la préfabrication béton anticipe néanmoins une « hausse inévitable » des coûts qui aura « des répercussions directes sur le coût global des ouvrages ».

Le risque pour les entreprises du BTP se décline en trois dimensions. Surcoût direct, d’abord, sur les matériaux métalliques et les composants énergivores, qui touche particulièrement les serruriers métalliers, les façadiers et les industriels de la menuiserie aluminium. Alourdissement des coûts logistiques, ensuite, lié au transport et au renchérissement du carburant. Tension sur la trésorerie, enfin, pour des PME déjà fragilisées par trois années de crise. Les défaillances d’entreprises devraient reculer de 2,7 % en 2026 selon les estimations FFB, avec une amélioration plus marquée pour les entreprises de gros œuvre (-5,2 %), mais ces projections restent suspendues à la durée et à l’intensité du conflit.

Les leviers de résilience à activer maintenant

Face à cette nouvelle équation, plusieurs leviers s’offrent aux maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre et entreprises pour limiter leur exposition aux chocs internationaux.

Le premier consiste à sécuriser les approvisionnements en privilégiant les filières européennes et françaises, moins exposées aux ruptures logistiques liées aux routes maritimes mondiales. Selon Embuild, le secteur européen du bâtiment importe seulement un quart de ses matériaux de gros œuvre hors de l’Union européenne, ce qui offre une marge de manœuvre réelle pour rapatrier la chaîne de valeur sur le territoire continental.

Le deuxième levier passe par la valorisation des matériaux recyclés. L’empreinte écologique de l’aluminium peut être réduite de plus de 90 % lorsqu’il est issu des filières de recyclage, ce qui présente le double avantage de limiter la dépendance aux importations primaires et de réduire l’impact carbone des constructions, en cohérence avec les exigences de la RE2025.

Le troisième levier réside dans le choix d’un aluminium bas carbone certifié, dont l’empreinte est divisée par deux par rapport à la moyenne européenne (4 kg CO₂/kg contre 8,6 kg) et par cinq par rapport à la production chinoise (20 kg CO₂/kg). Au-delà de l’argument environnemental, ce choix s’inscrit dans une logique de souveraineté industrielle française et offre une meilleure prévisibilité des prix sur la durée des chantiers.

Enfin, la rénovation reste une voie particulièrement résiliente face aux chocs internationaux. Elle mobilise moins de matières premières neuves que la construction neuve, génère une empreinte carbone réduite par rapport à la démolition-reconstruction, et bénéficie d’un arsenal d’aides publiques renforcé en 2026 (MaPrimeRénov’, CEE, Éco-PTZ, TVA réduite).

ADESOL : une production française intégrée pour traverser les turbulences

Spécialiste français des profilés techniques pour le bâtiment depuis près de 75 ans, ADESOL Groupe fabrique dans ses ateliers parisiens l’ensemble de ses joints de dilatation, profilés de finition, nez de marche, couvertines et systèmes de protection murale. Cette intégration verticale, combinée à une stratégie d’approvisionnement en aluminium bas carbone certifié ASI et à une démarche d’éco-conception inscrite dans la conformité AGEC (article 72) via le partenariat VALDELIA, offre aux prescripteurs une visibilité accrue sur leurs chaînes d’approvisionnement.

Dans un contexte où les chocs géopolitiques se succèdent et où la maîtrise des coûts devient un enjeu de compétitivité, le choix de fournisseurs français adossés à des filières contrôlées prend une dimension stratégique. C’est aussi la condition pour que la reprise annoncée par la FFB en 2026 ne soit pas une simple parenthèse, mais le point de départ d’une trajectoire plus robuste face aux turbulences à venir.


Sources 

  • FFB – Conférence de presse de conjoncture, mars 2026
  • Banque mondiale – Commodity Markets Outlook, avril 2026
  • Agence internationale de l’énergie (AIE) – données détroit d’Ormuz 2025
  • London Metal Exchange (LME) – cours aluminium
  • Bpifrance Le Lab – note de conjoncture sur le conflit au Moyen-Orient
  • Embuild – analyse comparative prix matériaux janvier 2022 / 2025
  • Le Moniteur, Batiweb, Connaissance des énergies, IRIS

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